Familles et société : quels choix pour demain ?


 

Extrait de l'intervention du Cardinal Vingt-Trois, lors du colloque « Familles et société : quels choix pour demain ? », les 1er et 2 octobre 2011 :

V"Nous ne sommes pas des saints qui faisons la morale aux pécheurs. Nous sommes des pécheurs qui ont la grâce de croire que la miséricorde de Dieu et sa force nous donnent le moyen de surmonter nos faiblesses. Il n’y a pas d’accueil et de témoignage possible sans cette modestie et cette humilité qui nous rendent proches de toute personne. Mais il me semble précisément que ce que nous pouvons donner de meilleur à nos interlocuteurs, c’est le témoignage que nous vivons en Église : il est possible de vivre un mariage définitif et d’y trouver le bonheur dans sa famille. N’est-ce pas ce qu’ils cherchent et que nous sommes chargés de leur annoncer, en leur proposant un chemin pour y parvenir ?

De ce point de vue, je crois qu’il ne faut pas nous laisser entrainer dans un certain décalage en cédant consciemment ou inconsciemment aux courants de pensée qui veulent écorner l’identité de la famille en refusant de prendre en compte les conditions nécessaires à son existence stable. [...] On nous fait ici et là, mais de manière persistante, la publicité des familles décomposées et recomposées, pour éviter surtout de parler de la famille ordinaire qui fascine ou agace.

Le long chemin parcouru depuis plus de vingt siècles est-il un détour sans signification ? Faut-il compter pour rien le passage progressif à la monogamie, l’établissement lent et difficile du mariage libre, en particulier pour les femmes, la prise de conscience de la responsabilité éducative des parents à l’égard de leurs enfants ? Notre culture et notre société sont-elles fatiguées de ce chemin parcouru ? Faut-il revenir aux moeurs de l’Antiquité païenne ?

Nous devons résister à cet attrait mortifère. Les hommes et les femmes du XXIe siècle sont autant capables que ceux des siècles précédents de prendre leurs responsabilités et de mener une vie « raisonnable et juste » comme dit saint Paul (Tt 2, 12). Si un mariage sur trois aboutit à un divorce, la séparation n’est pas inévitable et deux sur trois tiennent jusqu’au bout. Il n’y a pas de fatalité de l’échec. La bonne nouvelle que nous annonçons n’est pas un particularisme désuet réservé à des gens taillés sur mesures. Le mariage stable et définitif d’un homme et d’une femme pour éduquer des enfants n’est pas une curiosité d’une secte exotique. C’est un chemin possible pour tous et il est important que nous sachions faire témoigner ceux qui le vivent avec bonheur, même si c’est aussi quelque fois au prix d’une souffrance réelle.

Notre attachement au mariage hétérosexuel, monogamique et définitif est important, non seulement pour nous, mais aussi pour toute la société. Il rappelle que l’union de l’homme et de la femme n’est pas une simple affaire de sentiments privés. Cette union a une fonction sociale. Elle constitue un cadre éducatif pour développer des relations sociales dans un autre registre que celui de l’intérêt particulier et de la violence. Si nos législateurs et nos gouvernants oublient cette dimension fondamentale de la mission familiale, c’est à nous de leur rappeler, y compris par nos votes."

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