Hildegarde de Bingen proclamée Docteur de l'Eglise

 

Hildegarde recevant l'inspiration divine (manuscrit médiéval).

D. R.     Hildegarde recevant l'inspiration divine (manuscrit médiéval).

Mystique, conseillère du pape et des princes, elle fut en effet aussi compositeur de musique et apothicaire.

Elle touche aujourd’hui un public varié qui voit en elle une féministe ou une écologiste avant l’heure, ou qui s’enthousiasme pour sa musique

De façon assez inhabituelle, Benoît XVI a confirmé le jeudi 10 mai, la sainteté de la mystique allemande du Moyen Âge Hildegarde de Bingen (1098-1179), une figure à laquelle il est particulièrement attaché et à laquelle il a déjà consacré deux catéchèses lors de ses audiences générales.

Hildegarde, béatifiée en 1244 par Innocent IV et inscrite comme sainte au Martyrologe romain à la fin XVIe siècle, sera donc proclamée Docteur de l'Eglise dimanche 7 octobre par Benoît XVI, en compagnie du théologien espagnol Jean d'Avila.

Le nom de cette grande mystique allemande, née en 1098 en Hesse rhénane, entrée au monastère bénédictin du Disibodenberg en 1106. Elle en deviendra abbesse avant de fonder les abbayes de Rupertsberg et d’Eibingen. En 1141, à l’âge de 43 ans Hildegarde reçoit ses premières visions. Elle deviendra unauteur mystique reconnu.

Visions d’une flamboyante intensité

Elle a alors hésité avant de faire connaître les éblouissements qui se présentaient à son esprit. Et quand elle se décida, son témoignage fut d’abord accueilli avec une certaine méfiance par les autorités ecclésiastiques, avant qu’une enquête lève le doute sur l’authenticité de ses visions. Bernard de Clairvaux, qui assiste au synode réuni à Trèves, à la fin de 1147, par le pape Eugène III, prendra la parole pour dire, selon le vœu de tous, qu’il faut « se garder d’éteindre une aussi admirable lumière animée de l’inspiration divine ».

Trois recueils de ses visions ont été publiés : le Scivias  (ou « Connais les voies ») (rédigé entre 1147 et 1151), le Livre des mérites de vie  (1158-1163), et le Livre des œuvres divines  (1163-1173).

Hildegarde de Bingen, qui avait été confiée par ses parents au monastère de Saint-Disibod à l’âge de sept ans, n’avait probablement pas reçu une éducation très poussée. Mais ses visions d’une flamboyante intensité renouvellent l’expression des mystères de la Bible transmis par l’Église, dont elles livrent une lecture allégorique, des récits de création jusqu’à l’Apocalypse. Certaines d’entre elles semblent aussi annoncer la relecture de la Parole que feront bientôt des ordres mendiants.

Bien connue des amateurs de musique sacrée

Hildegarde de Bingen, qui vécut à la jointure du XIe et XIIe siècle, est également une référence pour les femmes qui, dans l’Église, veulent faire entendre leurs voix, notamment pour sa conception du rôle de la femme et sa liberté de parole, comme vient de le rappeler un article de L’Osservatore Romano . Au cours des voyages qu’elle entreprit à partir de 1158, elle ne cessa en effet d’inviter l’Église de son époque à retrouver l’authenticité de la foi, n’hésitant pas à admonester les « grands » lorsqu’ils s’écartent du droit chemin, qu’il s’agisse du Pape, de l’empereur d’Allemagne, des évêques de Mayence, Cologne, Würzburg, Trèves ou Bamberg.

Hildegarde de Bingen est également bien connue des amateurs de musique sacrée, fascinés par la subtilité des enrichissements fleuris qu’elle ajoutait à la ligne mélodique, son sens des répétitions, ses envolées qui invitent à la méditation. À une époque où la musique était l’apanage des moines, des chantres ou des troubadours, elle composa plus de soixante-dix chants liturgiques pour ses sœurs bénédictines.

« Ses valeurs religieuses et écologiques rejoignent nos propres préoccupations New Age »

Certains ont fait au cours des vingt dernières années l’objet d’enregistrements qui ont fait d’elle un presque best-seller du disque. En 1995, alors que Canto Gregoriano , une compilation déjà ancienne des moines de Silos s’arrachait à plus d’un million d’exemplaires dans le monde, dont 100 000 en France, Les chants de l’extase , par l’ensemble Sequentia, atteignaient le chiffre record de 80 000 exemplaires en France avec une pochette qui reproduisait une peinture d’Hildegarde. « Ses valeurs religieuses et écologiques rejoignent, d’une certaine manière, nos propres préoccupations New Age », expliquait-on alors chez l’éditeur BMG.

À côté de versions relookées « post-moderne style » comme Vision, certains enregistrements réalisés par des ensembles de musique médiévale sont de véritables merveilles, comme par exemple l’anthologie de pages d’Hildegarde consacrée à la Vierge enregistrée sous le titre Sponsa regis  par l’ensemble féminin La Reverdie.

Médecin et naturaliste

Abbesse, visionnaire, musicienne. Hildegarde fut également médecin et naturaliste. On lui attribue plusieurs ouvrages dans lesquels elle décrit les remèdes connus à son époque en les classant selon leur origine, leur préparation et leurs propriétés. Elle prescrivait ainsi des baies de genièvre contre les maux de ventre, mais conseillait également au patient de changer de conduite car il avait dû commettre le péché de gourmandise.

Aujourd’hui, des ouvrages sont consacrés à cette partie de son œuvre. Des sociétés, comme par exemple une SARL animée « par des chrétiens laïcs catholiques motivés », diffusent des produits alimentaires « dont elle a souligné les mérites pour la santé, des compléments alimentaires à base de plantes dont elle a donné les recettes dans Physica I  et II et dans Les causes et les remèdes , ses écrits et ses œuvres musicales ». Ils affirment travailler en lien étroit avec des naturopathes qui ont étudié la manière de soulager et de guérir selon les écrits de Sainte Hildegarde.

Des tisanes bio « inspirées librement de ses enseignements » portent également son nom. Ses recettes sont également sur des sites de cuisine ou d’herboristerie. Des instituts spécialisés dans le bien-être s’en réclament.

Martine de Sauto


Source : http://www.la-croix.com 

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