La Sainte Vierge, ma médaille et moi



Alors que le port de signes religieux est mis sur la sellette, les catholiques restent fidèles aux médailles, celles de la Vierge en particulier. Une affaire de foi et d’identité, où se mêlent attachement à l’objet, confiance en Marie et amour de l’Église.


La médaille que le croyant porte le plus souvent autour du cou est celle qui lui a été offerte, parfois dans un bel écrin, le jour de son baptême. Un cadeau ancré dans une tradition culturelle et religieuse forte (1). Malgré la hausse du cours de l’or et la baisse de la pratique religieuse, le commerce de cet « incontournable », le plus souvent frappé à l’effigie de la Mère de Dieu et gravé au nom de l’enfant, fait toujours recette. Il arrive même en tête du palmarès des ventes de médailles, dans les magasins spécialisés.
En témoigne Élisabeth Plassard, de la Maison Rey-Coquais, bijoutier-joaillier fabricant à Lyon, depuis 1903 : « Sur les 1 200 médailles vendues l’an dernier, 80 % portent l’image de la Vierge. Les clients sont essentiellement des parrains et marraines qui veulent une médaille de baptême pour leur filleul ».

Quelques tendances…

Quels sont les modèles « à succès » ? « Les gens marchent au coup de cœur. Ils ont besoin de faire tilt ! », confie Élisabeth Plassard, au service de la clientèle depuis 1980. Chez Rey-Coquais, certaines Vierges ont le vent en poupe, telle la « Virgo Maria », ou « Notre-Dame de la confiance ». Mais la médaille d’or des ventes de l’an passé est « Notre-Dame de la tendresse » : une Vierge tenant l’Enfant-Jésus dans ses bras, 168 fois choisie cette année-là.
Parfois, les clients n’hésitent pas à se fendre d’un cadeau de prix, quitte à se mettre à deux. « Comme ces personnes qui viennent d’acheter un ensemble chaîne-médaille pour un baptême, d’une valeur de 700  euros », rapporte Élisabeth Plassard. Mais parfois, l’occasion fait le larron : 
la médaille de baptême est un bijou de famille, transmis par une grand-mère ou une tante célibataire. Elle se dote alors d’une valeur supplémentaire, affective.

La remise des médailles le dimanche matin…

Reste à savoir dans quelle mesure ces bijoux seront portés. Par peur 
du vol, ou de la perte (surtout quand les enfants sont petits) certaines médailles restent dans leur écrin, ou n’en sortent qu’à certaines occasions. Comme chez Marc et Alice, parents de jeunes enfants, qui perpétuent une tradition familiale : « Chaque dimanche matin, avant la messe, nous procédons à une remise, très attendue, des médailles de baptême. Le soir, elles sont récupérées et rangées, jusqu’au dimanche suivant ». À l’adolescence, le jeune, s’il s’engage personnellement dans sa foi, choisit parfois de la porter « à temps plein ». Comme Henri, très attaché à sa médaille de baptême, une « Vierge de la prière » qui lui vient de sa grand-mère. Il y voit l’occasion de « témoigner de sa foi et de son appartenance à l’Église ». Ou Augustin, chef scout, pour qui elle représente une protection dans la vie quotidienne et une aide dans le combat pour la pureté. Quant aux adultes qui portent leur médaille de baptême, sans doute plus de femmes que d’hommes, « ce sont toujours des croyants », affirme Élisabeth Plassard, et « ils y tiennent : quand ils la perdent, ou se la font voler, ils viennent chez nous, racheter la même ».

Celle que l'on offre à la mère de ses enfants

Plus rare, surtout en cette période de crise, mais très tendance, un autre type de médaille fait aussi l’objet d’un passage obligé chez le bijoutier : celle que l’époux offre en hommage à la mère de ses enfants. Côté face : une belle Vierge, souvent couronnée. Côté pile : les prénoms gravés des enfants. « Un beau bijou qui peut aller jusqu’à 32  mm de diamètre, et qui fait plaisir », précise Élisabeth Plassard. Ce que confirme Béatrice, heureuse destinataire d’un tel présent : « J’y tiens comme à la prunelle de mes yeux, et elle ne me quitte jamais. Elle est le signe de mon appartenance à Marie, Mère de Jésus et notre Mère ».

La valeur des médailles « à trois sous »

Mais toutes les médailles n’ont pas une telle valeur marchande. Combien de chrétiens portent ainsi des médailles de la Vierge « à trois sous ». Des objets dits « de dévotion », achetés le plus souvent dans des sanctuaires tels que Lourdes, Lisieux ou la rue du Bac à Paris, à l’occasion d’un pèlerinage, ou en vertu d’un attachement personnel : médaille miraculeuse en métal mise au cou de l’enfant (pas grave s’il la perd), médaille en argent de la grotte ou de Pontmain… Quand on y tient, avec le temps, on lui substitue parfois une version plus précieuse. Ainsi, Patricia a économisé pour remplacer sa médaille du scapulaire de Notre-Dame du Mont-Carmel, en plaqué or, et qui s’était noircie avec le temps, par là même, en or. Elle a alors offert l’ancienne à un SDF. « Je suis sûre qu’à travers le port de cette médaille, Marie l’aide et le protège », confie-t-elle. Et pourquoi pas ?

Élisabeth de Baudoüin


(1) Les médailles religieuses font partie des sacramentaux. Dans sa réponse à la question « Faire bénir sa maison, c'est de la superstition ? », le Père Alain Bandelier explique le rôle des sacramentaux. 
Source : famille chretienne

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