La tablette numérique a-t-elle sa place dans la liturgie

L’évêque de Soissons, Mgr Hervé Giraud, consulte sa tablette. Il l’utilise notamment pour lire so...

Jean Matthieu GAUTIER/CIRIC

La tablette numérique a-t-elle sa place dans la liturge ?

L’évêque de Soissons, Mgr Hervé Giraud, consulte sa tablette. Il l’utilise notamment pour lire son bréviaire. Selon Sylvain Gasser, l’écran n’aveugle pas le fidèle.

Un supérieur de communauté voit un jeune frère saisir une tablette électronique à la place de son bréviaire, afin de suivre l’office de laudes. Il l’invite instamment à prendre son livre de prière, comme tout le monde.  « Mais,    poursuit-il,  je me suis demandé pourquoi j’avais réagi de la sorte. En quoi l’usage d’une tablette serait-il moins approprié que celui d’un livre ? »    

Les évêques néo-zélandais n’ont pas eu d’hésitation :  « Les applications liturgiques pour iPad et l’utilisation des tablettes tactiles, téléphones portables et liseuses s’avèrent excellentes pour les études mais impropres à la liturgie »,    avertissent-ils dans une lettre publiée en juin dernier.

Plus qu’un nouveau support, la tablette offre une nouvelle expérience de lecture. Le livre numérique devient un objet hybride qui adjoint au texte de la musique, des images, des matières à bonus. En brisant le lien noué entre la prière et son support matériel, le bréviaire électronique oblige à une révision des gestes liturgiques et des notions que l’on associe au livre dans le cadre d’un office. Voici l’ homo liturgicus    accueillant l’ homo numericus    : faut-il y voir nécessairement un trouble de l’espace sacré ? Les « liturgeeks » n’auraient-ils donc pas droit à leur livre de prières ?

Des réserves déjà lors de la première messe à la télé

En matière liturgique, la nouveauté a souvent suscité de vives mises en garde. En 1494, à une époque où les livres imprimés se multiplient, Jean Trithème, abbé de Sponheim, se plaint du livre sur papier plus périssable que le parchemin et, en ce sens, inconvenant au bon usage liturgique .    De telles réserves rappellent les objections soulevées par la première messe télévisée, en 1948. 

Le livre sacré est un hommage rendu à Dieu. Il est un ouvrage autant qu’une œuvre qui, par sa splendeur, fait honneur à la grandeur divine. Véhicule de la transmission des paroles divines et objet du culte, il doit convenir à l’action liturgique qui lui est assignée. Le livre, pas plus que la tablette fût-elle un jour « customisée » au seul usage de l’autel, n’est un fétiche.

Je comprends la mise en garde des évêques en ce que la tablette offre des fonctions multiples et permet au lecteur de s’émanciper de l’ordonnancement du texte. La liturgie ne supporte guère le vagabondage textuel. Mais l’écran aveuglerait-il pour autant le fidèle ? Je ne le crois pas. La liturgie est liée à l’annonce de la Parole de Dieu et à la constitution de l’Écriture. L’imprégnation par le texte à lire est essentielle, car  « l’Écriture grandit avec son lecteur »    (Grégoire le Grand). 

Faire entendre une Voix

La lecture privilégie la familiarité lentement acquise avec la Parole de Dieu qui rend la parole au lecteur (et à l’assemblée) exprimant son être intime. L’écran ne brise ni ne dématérialise le flux de la Parole incarnée. L’usage liturgique d’un livre ou d’une tablette donne lieu à entendre et à voir : faire entendre une Voix qui elle-même impose le silence des puces, et rendre visible la Face de Dieu à travers les traits de l’homme,  « la plus belle calligraphie de sa Parole »    (Serge de Beaurecueil).

Sylvain Gasser, assomptionniste

 

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