Le mariage homosexuel, un débat qui anime les chrétiens

 

© Fred Tanneau / AFP

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Alors que la ministre de la justice, Christiane Taubira, vient de dévoiler les grandes lignes du projet de loi ouvrant le mariage aux personnes homosexuelles, le sujet fait aussi débat chez les chrétiens. La Vie republie les billets de Stéphane Lavignotte, Pasteur de la ­Mission populaire évangélique, et Xavier Lacroix, philosophe et théologien.
La ministre de la justice, Christiane Taubira, a révélé le 11 septembre, dans un entretien à La Croix, les grandes lignes du projet de loi sur l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe et l'homoparentalité. L'adoption devrait donc être ouverte aux couples homosexuels. Les personnes souhaitant "devenir parent de l'enfant biologique de leur conjoint pourront aussi accéder à la procédure d'adoption".
 
En revanche, la procréation médicalement assistée ne sera pas ouverte aux personnes de même sexe, et "la gestation pour autrui ne sera pas légalisée". Le projet de loi sur le mariage civil, qui répond d'après la garde des Sceaux à une "exigence d'égalité", devrait être présenté en octobre et voté au premier semestre 2013. Il induira une modification du code civil. Le gouvernement a entamé des auditions  "de personnalités, des associations favorables et d'autres hostiles au mariage pour tous, des institutions, des représentants des cultes".

La ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault avaient confirmé, le 29 juin, cette promesse de campagne de François Hollande, une mesure qui rencontre notamment l’opposition de l’Église catholique. La veille de cette annonce, dans les colonnes de La Vie, le président de la Conférence des évêques de France, André Vingt-Trois, mettait en garde contre « la généralisation du libéralisme individualiste dans tous les domaines de l’existence humaine », qui sous-tend ce projet.

Le monde chrétien n’est toutefois pas univoque dans ce débat. Pasteur de la ­Mission populaire évangélique, ­Stéphane Lavignotte anime La ­Maison verte, à Paris, où il célèbre des bénédictions pour des couples gays. Il répond au philosophe et théologien Xavier Lacroix, représentant catholique au Comité consultatif national d’éthique. Ce dernier a consacré son dernier ouvrage, Le Corps retrouvé (Bayard), à la place du corps dans notre société, ainsi qu’à la famille et au mariage.

Contre
Xavier Lacroix « Le corps social renoncerait à dire la valeur qu’il accorde à une telle union »

Une chose est de respecter les couples homosexuels, une autre serait de redéfinir la famille uniquement pour répondre à la demande de certains d’entre eux. Anthropologiquement et universellement, le mariage est la fête organisée autour de l’union d’un homme et d’une femme qui, ensemble, s’engagent à fonder une famille. 
Supprimez les notions d’« homme » et de « femme », supprimez la fondation d’une nouvelle famille et il ne vous reste plus que le fameux couteau sans lame dont on a perdu le manche. Il y aurait deux inconvénients majeurs à instituer le « mariage homosexuel ». D’abord la disparition d’un signifiant : si l’union entre deux hommes ou entre deux femmes était publiquement instituée et reconnue sous le nom de « mariage », nous n’aurions plus de terme pour désigner spécifiquement l’union d’un homme et d’une femme. Lorsque nous nous rendons à une « noce », nous fêtons non seulement l’union de deux individus mais celle d’un homme et d’une femme, et grâce à eux le groupe social pourra continuer. Dès lors, ce signifiant se perdrait. Le corps social renoncerait à dire la valeur qu’il accorde à une telle union. Tel est bien le problème central : la société va-t-elle oui ou non continuer à affirmer une préférence, une valeur en ce domaine ?

D’autant plus que, dans cette affaire, des tiers sont impliqués : les enfants. Qu’on le veuille ou non, le mariage ouvrira sur la filiation. Deux principes de méthode doivent être rappelés. D’une part, aborder ces questions du point de vue de l’enfant, et non pas seulement de celui des adultes et de leur sacro-saint « désir », et envisager les scénarios multiparentaux compliqués qu’ils imposeraient aux enfants.
 D’autre part, il faut distinguer entre instituer et accompagner. Il est évident qu’au nom d’une éthique humaniste et a fortiori chrétienne, toutes les situations sont à accompagner. À cet égard, la panoplie offerte par le droit français est loin d’être négligeable. Il va jusqu’à reconnaître une possible « délégation d’autorité parentale » au compagnon ou à la ­compagne. Instituer, c’est autre chose : c’est apporter l’appui du corps social, c’est légitimer, reconnaître comme norme. 
Si la parenté homosexuelle était instituée, une discrimination serait instituée : non celle qui est ­prétendue entre les adultes (qui ne sont pas dans la même situation vis-à-vis de la procréation) mais entre les enfants. 
Il s’agirait d’ériger en norme, par la loi, que des dizaines de milliers d’enfants puissent a priori être privés des trois biens ­élémentaires. Le premier de ces biens, c’est la différence entre deux repères identificatoires, masculin et féminin : l’enfant a besoin d’un jeu subtil d’identifications et de différenciations avec ses deux instances paternelle et maternelle.

Ensuite il y a la continuité, lorsque cela est possible, entre le couple procréateur et le couple éducateur. Il est souhaitable qu’à la discontinuité liée à l’adoption ou la naissance « sous X » ne vienne pas s’ajouter une autre discontinuité : la perte de l’analogie entre le couple d’origine et le couple éducateur. Enfin le troisième bien élémentaire pour l’enfant : une généalogie cohérente et lisible.

Pour
Stéphane Lavignotte « Le mariage n’a rien de sacré, rien d’une institution voulue par Dieu »

Les chrétiens n’ont qu’un seul Dieu. Ils n’adorent ni des réalités naturelles ni des réalités sociales. Sacraliser le mariage est étonnant au regard de la Bible et de la personne de Jésus. La diversité des formes de couples et de familles dans ce livre est frappante. Abraham et Sara restent longtemps sans enfant, Jacob a des enfants avec ses deux femmes mais aussi avec leurs deux esclaves, David se lie avec Jonathan, Ruth avec Noémi... Une seule famille (chez Paul) ressemble au modèle de la famille chrétienne hétérosexuelle traditionnelle, monogame, avec un homme dominant et des enfants... En outre, dans tout l’Ancien Testament, un seul passage fait vaguement penser à une bénédiction religieuse, et Jésus ne célèbre aucun mariage. Pour les protestants, ce n’est donc pas un sacrement.

Cela ne veut pas dire que les institutions n’ont aucun sens pour Dieu ! Un souci commun, plus fort que le contexte patriarcal et sexiste dans lequel ces textes ont été écrits, traverse ces histoires : la justice pour les plus faibles, en premier lieu les femmes et les enfants. À ceux qui lui ­présentent sa mère et ses frères comme sa famille,Jésus désigne ses disciples : la famille de projet et de justice avant la famille biologique. Interrogé sur la séparation d’un couple, il refuse la logique de la répudiation, qui rejette le plus faible (ici, la femme).

La Bible est bien moins traditionaliste que nous. Les couples et les familles sont des réalités temporaires et prennent bien des formes. Non, le mariage n’a rien de sacré, rien d’une institution voulue par Dieu. En revanche, Dieu nous invite à exercer notre responsabilité dans le sens du droit, de la justice, de la protection des plus faibles, dans la réalité sociale, diverse aujourd’hui comme au temps de la Bible. Faire des choix relatifs aux formes juridiques du mariage, sur le divorce comme sur l’ouverture aux couples de même sexe, en relève.

Le Pacs n’offre pas les mêmes droits et devoirs suivant l’orientation sexuelle, comme si des enfants de Dieu valaient moins que d’autres. Il n’offre aucune protection au plus faible en cas de séparation. À lire certains articles, accéder au mariage serait pour les couples homosexuels une manière de gagner au Loto. Le mariage n’est pas une pochette surprise. C’est un ensemble de droits, et de devoirs réciproques. C’est un cadre qui contraint la relation et protège le plus faible. Un cadre qui oblige au dialogue, au compromis, au renoncement à l’égoïsme. Croit-on les couples homosexuels si magiquement merveilleux qu’ils puissent se passer de ce cadre, du droit ou d’un accompagnement – par exemple par les Églises ?

Ensuite, beaucoup font comme si l’ouverture du mariage allait entraîner l’arrivée d’enfants dans les couples homosexuels. Mais plusieurs dizaines de milliers d’enfants y sont déjà ! Le mariage ou le statut du beau-parent mettra là aussi du droit où il y a le vide, des droits et des devoirs, et donc de la stabilité pour le bien de l’enfant. Une loi résume toutes les valeurs qui peuvent servir de repères : « Aime ton prochain comme toi-même ». Et non : « Touche pas à mon mariage »...

Source : lavie.fr

Constance de Buor - publié le 11/09/2012

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