Le non massif de la rue au « mariage pour tous »

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Les opposants au « mariage pour tous » ont encore montré leur détermination en se rassemblant en masse dimanche 24 mars à Paris, entre la Défense et la place de l’Étoile. Les organisateurs ont annoncé avoir réuni 1,4 million de personnes. La préfecture de police estimait la foule à 300 000 personnes.

 

Ils sont au premier rang, juste derrière une banderole scandant « Pour la filiation père-fils » tendue à l’extrémité de l’avenue de la Grande-Armée, à quelques dizaines de mètres du podium où vont se succéder les orateurs de la « manif pour tous ». Élisabeth et Jean-François Roche sont venus spécialement de Mandagout, leur village des Cévennes, pour dire hier à Paris leur opposition à la loi Taubira sur le « mariage pour tous ». 

Ils ont passé la nuit dans un bus avec une trentaine d’autres Gardois pour débarquer dans la capitale à huit heures et demie du matin. « Quand nous sommes arrivés, nous étions seuls, il n’y avait que des policiers et des organisateurs », raconte la sexagénaire, un brin de rameau accroché à son anorak rouge.

 « C’EST BEAUCOUP PLUS BEAU PUISQUE C’EST INUTILE » 

Ce couple d’hôteliers à la retraite s’est protégé du froid de cette fin de mois de mars en portant des tenues adaptées, souvenirs d’une croisière en Antarctique. Le 13 janvier, ils étaient déjà là pour manifester et le fait que le texte sur le mariage gay ait été adopté depuis à l’Assemblée nationale ne les a pas découragés de revenir.

 « C’est beaucoup plus beau puisque c’est inutile », philosophe Élisabeth Roche. « Ce n’est pas de moi, c’est tiré de Cyrano de Bergerac, d’Edmond Rostand. On ne peut pas ne pas réagir. Je n’ai rien contre le mariage des homosexuels. Je pense qu’il fallait simplement aménager le pacs pour leur donner davantage de sécurité juridique.  

 Maintenant, il faut continuer à se battre pour les enfants, pour qu’on ne fasse pas n’importe quoi avec la procréation médicalement assistée et la gestation pour autrui. On essaye de nous faire croire que tout le monde est d’accord. Mais il faut qu’on prouve que non et que les gens sont nombreux à penser comme nous. » 

Dans leur dos, l’avenue de la Grande-Armée continue justement à se remplir. Plusieurs résidents du quartier ont aussi affiché leurs convictions à leurs fenêtres et balcons. « Non au gaystrémisme », proclame une banderole. On peut aussi lire sur les façades : « On veut du boulot, pas du mariage homo » ou « Touche pas au mariage, occupe-toi du chômage ». 

Dans les haut-parleurs installés le long des 5 kilomètres du parcours, résonnent des « Taubira, t’es foutue, les familles sont dans la rue », suivis de : « Ne lâchez rien ! » Bientôt, la foule remplit l’espace de la place de l’Étoile à la Porte Maillot, où Joseph Gué attend des amis. Ce lycéen de Tournon-sur-Rhône (Ardèche) était, lui aussi, déjà dans le cortège en janvier. Il dit qu’il ne sait pas si cette nouvelle mobilisation va faire fléchir le gouvernement. « Mais c’est important de manifester, c’est même un devoir », assure l’élève de terminale S.

Un peu plus loin, les manifestants continuent d’affluer, en provenance des différents points de rassemblement prévus par les organisateurs. Venu de Meaux (Seine-et-Marne), Patrick Molin est arrivé par la porte de Champerret avec son épouse, Marie, et leurs cinq enfants, âgés de 1 à 7 ans. Pour l’instant, ils marchent sur l’avenue Charles-de-Gaulle, qui relie Paris à la Défense, via Neuilly. 

Il y a peu de chances qu’ils puissent s’approcher du podium. « Tant mieux, se félicite le père de famille. Cela veut dire que l’on est nombreux. » Des grands écrans ont été justement installés à intervalles réguliers pour que tous puissent assister, même de loin, aux prises de parole programmées pour ce meeting géant.

 « LA FAMILLE EST TELLEMENT ATTAQUÉE ! » 

Le couple de trentenaires avait également déjà battu le pavé le 13 janvier à Paris. « Nous étions aussi là en novembre, nos enfants nous poussent à venir, parce qu’ils sont concernés, reprend Patrick Molin, qui est cadre dans le secteur du bâtiment. Et nous sommes prêts à revenir autant de fois qu’il faudra si c’est nécessaire, sur le sujet du mariage homosexuel ou sur d’autres. La famille est tellement attaquée ! C’est un combat de société que nous menons. Les gens qui nous gouvernent sont sourds. » Mais lui ne croit pas à la solution du référendum : « On ne juge pas de questions d’éthique comme cela. » 

Pendant ce temps, des représentants des différentes associations organisatrices du rassemblement s’apprêtent à prendre la parole, y compris des homosexuels comme des membres du collectif « Homovox », qui s’opposent aussi à la loi Taubira. C’est le cas de Caroline, en couple avec une autre femme depuis six ans. Pour elle, c’est une évidence : « Un enfant a droit à un père et à une mère ». Elle-même explique avoir travaillé dans le domaine de la petite enfance pour trouver une autre manière d’exprimer sa « fécondité » plutôt que de revendiquer un droit d’avoir un enfant.

 « Il est évident que je ne pourrais pas lui donner le meilleur », ajoute-t-elle. Maire de Chasselas, en Bourgogne, et homosexuel, Jean-Marc Veyron La Croix veut aussi répéter que cette « loi n’est pas un cadeau pour les homosexuels ». 

JURISTES ET AVOCATS

Alors que la foule grossit encore, Henri Joyeux, président de Familles de France, en est convaincu : « Je vous l’annonce tout net : François Hollande va reculer. La solution, c’est de faire un référendum et il va remonter immédiatement de 10 points dans les sondages. S’il résiste, il va affronter une troisième manifestation », veut-il croire. Des juristes, avocats ou professeurs d’université, ont aussi rejoint les manifestants pour dénoncer les contradictions d’un texte qui s’oppose, selon eux, au discours général des magistrats et des éducateurs, attachés aux liens entre l’enfant et ses parents.

ELUS

Un certain nombre de politiques ont également fait le déplacement, à l’image d’Hervé Mariton. « Il est grave de diviser les Français dans un contexte de crise », plaide le député UMP de la Drôme, qui se projette dans l’avenir. Pour lui, la majorité des Français reste défavorable à l’adoption d’enfant par des couples de même sexe.

 « Les choses ne sont pas terminées au plan parlementaire, le débat se poursuit, insiste-t-il. Au-delà de la loi Taubira, la mobilisation collective doit continuer. Le mouvement s’étendra et se prolongera, pour défendre la famille. La mobilisation d’aujourd’hui est en tout cas un démenti évident vis-à-vis de ceux qui pensaient que le mouvement était terminé. » 

ENTRE 300 000 ET 1,4 MILLION DE PERSONNES

Les organisateurs de la « manif pour tous » ont revendiqué la présence de 1,4 million de personnes, soit plus qu’en janvier, où ils avançaient le chiffre de 1 million, contre 340 000 selon la police qui, cette fois, avance une première estimation de 300 000 manifestants. Des débordements ont eu lieu du côté de la place de l’Étoile, qui était interdite d’accès aux manifestants, tout comme les Champs-Élysées, sur décision de la préfecture de Paris. 

 « La France déborde », a estimé Frigide Barjot, l’une des porte-parole du mouvement, alors que les organisateurs ont plusieurs fois appelé au calme et au respect de la légalité. Les forces de l’ordre ont tiré des gaz lacrymogènes pour repousser quelques centaines de personnes qui ont tenté de franchir les barrages installés. Quelques-unes ont été interpellées.

 

PASCAL CHARRIER ET EMMANUELLE REJU

Source : http://www.la-croix.com/Actualite/France/Le-non-massif-de-la-rue-au-mariage-pour-tous-_NG_-2013-03-24-924589

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