Le Synode se termine sur un message ouvert et optimiste

Le Message final du Synode sur la nouvelle évangélisation a été publié vendredi 26 octobre à Rome. Résolument optimiste et ouvert, il fait de la rencontre avec le Christ l’objectif ultime de tout type d’évangélisation


Mgr Luis Antonio Tagle, futur cardinal et archevêque d eManille (au centre à gauche), discute ave...

Alessia Giuliani/CPP/Ciric

Mgr Luis Antonio Tagle, futur cardinal et archevêque d eManille (au centre à gauche), discute avec Mgr Filippo Santoro, archevêque de Tarente, pendant une session du Synode.

Dans le Message au Peuple de Dieu , publié vendredi 26 octobre à Rome par le Synode des évêques, la Samaritaine a été choisie comme figure de la nouvelle évangélisation et symbole du « devoir de s’asseoir aux côtés des hommes et des femmes de notre temps ». La rencontre avec le Christ est proposée comme l’objectif ultime de tout type d’évangélisation, dans les terres d’ancienne chrétienté comme au Sud.

Au fil de ses douze pages serrées, rédigées sous la houlette du cardinal italien Giuseppe Betori, archevêque de Florence, le Message au Peuple de Dieu, issu de la XIIIe assemblée générale ordinaire du Synode des évêques consacré à la nouvelle évangélisation, rompt avec la sévérité et le pessimisme qui avaient présidé à son ouverture, il y a trois semaines.

Les nouveaux traits du monde sont lus comme des défis plus que des menaces : la sécularisation « conduit l’Église à repenser sa propre présence dans la société » ; les pauvretés « ouvrent des espaces inédits au service de la charité » ; l’athéisme et l’agnosticisme manifestent « une attente qui espère une réponse adéquate ». Cette vision semble avoir été majoritaire parmi les Pères synodaux : « Ce message est né de l’écoute des évêques », a expliqué le cardinal Betori, soulignant que leur démarche avait été plus guidée par le souci de communion plus que par l’application de procédures démocratiques. Il a confirmé leur refus de succomber à « une vision catastrophiste de l’Église ».

Favoriser « des communautés accueillantes »

Le Synode a donc adopté une posture résolument confiante, « encourageante », dit le cardinal Betori. Le texte ramène la foi chrétienne à l’essentiel : « Conduire les hommes et les femmes de notre temps à Jésus », parce que « les scénarios sociaux et culturels changeants nous appellent à quelque chose de nouveau : à vivre d’une manière renouvelée notre expérience communautaire de foi et son annonce ».

La posture est aussi résolument christocentrique : « La foi se décide tout entière dans le rapport que nous instaurons avec la personne de Jésus qui vint le premier à notre rencontre. ». Les mots « rencontre », « sérénité », « confiance » parsèment ainsi ce message.

Quant à l’Église, elle est « l’espace offert par le Christ dans l’histoire afin que nous puissions le rencontrer ». D’où la nécessité de favoriser « des communautés accueillantes, dans lesquelles tous les exclus se sentent chez eux. Des expériences concrètes de communion qui, avec la force ardente de l’amour, attirent le regard désenchanté de l’humanité contemporaine ».

« Nous n’avons pas été aveugles sur les problèmes de l’Église »

Les Pères synodaux ont choisi de résister à la tentation du marketing, « comme si l’Évangile était un produit à placer sur le marché des religions », « mais de redécouvrir la façon dont, dans la vie de Jésus, les personnes se sont rapprochées de lui et ont été appelées par lui, afin d’introduire les mêmes modalités dans les conditions de notre temps. » Et de citer « la famille, le travail, la pauvreté, les épreuves de la vie, etc.. »

La lucidité n’est pas absente de cette démarche de vérité. Le Synode reconnaît que « les pauvretés et les faiblesses des disciples de Jésus, en particulier ses ministres, pèsent sur la crédibilité de la mission ». « Nous n’avons pas été aveugles sur les problèmes de l’Église » a souligné l’un des coauteurs, Mgr Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille et futur cardinal.

Amplement, le message dresse la liste des domaines d’exercice de l’évangélisation. En tout premier lieu la famille. On sent dans le texte la trace, mais sans plus, des appels lancés au fil de l’assemblée par plusieurs évêques pour une reconsidération de l’accueil réservé aux divorcés remariés aux « nouvelles familles ». Finalement absente des 57 propositions qui seront remises au pape, cette préoccupation apparaît simplement dans le message sous forme de réaffirmation de la sollicitude de l’Église : « Ils demeurent membres de l’Église ». Ce sont les termes utilisés par Benoît XVI lors de la rencontre mondiale des familles, à Milan, en mai dernier.

« Église humble »

À rebours de la sévère mise en garde adressée durant le synode à la vie consacrée par le cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, le message final tient à saluer l’action des religieux et religieuses.

La paroisse, le prêtre, restent des clés de voûte de l’action de l’Église, même si diacres et laïcs, hommes et femmes sont loués, avec une forte insistance pour ces dernières, comme si les Pères synodaux avaient voulu marquer leur propre frustration devant la disparition de leur revendication d’une ouverture pastorale, pourtant fortement exprimée durant le Synode.

Le futur cardinal philippin Tagle s’est félicité de « l’Église humble » qui en émerge, « qui s’adresse à tous, qui parle le langage des gens ». Observation confirmée par l’archevêque de Montpellier, Mgr Pierre-Marie Carré, rapporteur spécial du Synode, qui se félicite que le texte « parte de l’expérience de chacun et rejoint chacun dans sa propre situation ». L’un et l’autre se retrouvent sur la situation de minorité vécue par leurs Églises, pourtant si différentes : « En France, nous sommes en route vers un monde que nous ne connaissons pas encore, et pour traverser ce désert, nous devons être légers et veiller à ne pas être seuls » dit Mgr Carré. Tandis qu’« en Asie, détaille Mgr Tagle, nous avons toujours été une minorité et cela ne nous empêche pas de témoigner joyeusement. »

« Vaincre la peur par la foi, le découragement par l’espérance, l’indifférence par l’amour »

Dans ce contexte, les jeunes sont regardés par le Message, eux aussi, « sans pessimisme », parce qu’il existe en eux « une profonde aspiration à l’authenticité, à la vérité, à la liberté et à la générosité. ».

La culture, l’art, l’éducation, les autres religions, les sciences, l’économie, la politique, sont égrenés comme champs de la nouvelle évangélisation, toujours comme des chances, des possibilités, non comme des lieux d’angoisse. De même que l’ensemble des continents, chacun crédité d’un appel particulier.

L’Europe se voit louée, comme pour conjurer l’inquiétude de la sécularisation, pour « la richesse de la pensée théologique, la variété des expressions charismatiques, les formes multiples du service de la charité envers les pauvres, les profondes expériences contemplatives, la création d’une culture humaniste qui contribue à donner un visage à la dignité de la personne et à la construction du bien commun. »

Au total, quelques mots suffisent : le devoir des chrétiens est de « vaincre la peur par la foi, le découragement par l’espérance, l’indifférence par l’amour ». Et non pas « de se désoler, de se plaindre », a conclu le cardinal Betori, précisant : « Le synode ne se termine pas ici. »

 

Frédéric Mounier, à Rome


Source : http://www.la-croix.com/Religion/Urbi-Orbi/Rome/Le-Synode-se-termine-sur-un-message-ouvert-et-optimiste-_NG_-2012-10-26-869130

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article