Lourdes : bain de jouvence pour les piscines

"Allez boire à la source et vous y laver" ; une invitation de la Vierge à laquelle l’évêque de Lourdes Jacques Perrier entend répondre avec les moyens du XXIe siècle, dans un ambitieux projet pastoral qui implique la reconstruction des piscines. Un appel à projet a été lancé à l'automne. On connaîtra la proposition retenue en avril.

Sur les 6 millions de pèlerins annuels à la grotte de Lourdes, seuls 400 000 se rendent aux piscines © Richard Holding

Sur les 6 millions de pèlerins annuels à la grotte de Lourdes, seuls 400 000 se rendent aux piscines © Richard Holding

 

Remettre le geste du lavement au coeur du message de Lourdes, le rendre plus accessible, plus commode, plus sensé, cela travaillait l'évêque de Tarbes et Lourdes depuis des années. Lourdes accueille 6 millions de visiteurs par an. Seuls 400 000 pélerins, en se rendant aux piscines, ont accès à un geste qui leur permette de répondre à l'appel de la Vierge. La démarche fait peur, paraît fastidieuse, relativement désagréable (les baignoires sont alimentées par l'eau de la source, à 11°), et implique de longues heures de queue, parfois couronnées d’insuccès malgré la diligence des bénévoles.

Jacques Perrier a donc décidé de déplacer les piscines. Elles seront transférées de l'autre côté de la rivière, dans la grande prairie depuis laquelle Bernadette, face à la grotte, a assisté en 1858 à la dernière apparition de Marie. « Sur le site actuel, vétuste et trop étroit, tout en longueur, il n’est pas possible d’aménager un accueil des pèlerins digne de ce nom. La conclusion suit, sans appel : il faut déménager », argumente le prélat. Avec le transfert des bassins, un certain nombre d'améliorations pratiques sont également mises en avant : alléger la tâche des bénévoles grâce à une assistance technique, laisser aux personnes valides plus d'autonomie aux piscines...

Création d'un nouveau rite

Le projet, mûri avec les principaux acteurs du sanctuaire et des pèlerinages internationaux, s’appellera "Siloé", en référence à la piscine de l’Evangile à laquelle l'aveugle retrouve la vue après avoir rencontré Jésus. Une façon de rappeler que, si c'est la Vierge qui appelle aux piscines, seul le Christ sauve. L'évêque n'a pas seulement décidé de déplacer les 17 baignoires, mais encore de créer un nouveau rite. Il a imaginé une série de larges vasques, à des hauteurs différentes, où l’on pourra se laver le visage sans en passer nécessairement par l’immersion du corps. Parfois au ras du sol, elles permettront de reproduire le geste originel de la petite Bernadette, penchée sur la terre qu’elle venait de gratter pour mettre à jour la source, et la baisant "en pénitence pour les pécheurs".

Il s'agira aussi de mettre en place une préparation convenable des visiteurs de toute culture, de toute foi et de tous horizons, qui se pressent au sanctuaire. "Dans un contexte de rupture dans la transmission de la foi, nous avons une vraie responsabilité", détaille le père Patrick Gandoulas, président de l’association des directeurs de pèlerinages de France, membre de l’équipe de travail. "A partir de son message particulier, Lourdes peut être ce lieu où l’on se réconcilie avec les fondamentaux chrétiens, et où l'on entre dans cheminement au bout duquel se trouve le Christ. C’est de l'évangélisation."

Vision téméraire, ou prophétique

Donner accès à la spiritualité de Lourdes est l'une des clés de Siloé. Et le constant souci de Jacques Perrier, depuis son arrivée en 1998. Siloé relève donc d'une vision pour le sanctuaire. Mais des questions restent en suspens. Si la perspective du changement a pu effrayer, au sein de l'hospitalité de Lourdes, chargée de l'accueil aux piscines, c'est aussi le caractère ambitieux, et coûteux, du projet, qui suscite les inquiétudes. "Rien ne s’est fait à Lourdes si ce n’est pas l’emprunt, car nous n’avons jamais eu les sous nécessaires à nos ambitions; je ne me laisserai pas arrêter par ça", répond Jacques Perrier. "De temps en temps il faut honorer des choses qui ne sont pas matériellement urgentes, mais qui sont pastoralement nécessaires". Retardé par deux années de tergiversations sur l'emplacement du nouveau bâtiment — une partie du secteur étant classée en "zone inondable" — l'évêque a enfin pu lancer à l'automne un appel à projet architectural. On connaîtra en avril la proposition retenue. La réalisation étant attendue à l'horizon 2014-2015.

Source : la Vie


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