Pour les catholiques, « le dialogue interreligieux amène à être plus fidèle à sa foi »

Le cardinal André Vingt-Trois prendra part à la rencontre du Trocadéro, le jeudi 27 octobre prochain. Le président de la Conférence des évêques de France explique pourquoi il est normal que l’Église catholique soit motrice dans cette démarche de dialogue. Troisième entretien d’une série de six en préambule de la prochaine rencontre interreligieuse d’Assise.
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Qu’attendez-vous de la Rencontre des religions pour la paixorganisée à Paris  en écho au rassemblement d’Assise ?

Je souhaite montrer que l’écoute et le respect mutuel sont inhérents à chaque religion, je souhaite que nous donnions une image publique de ce vers quoi tout le monde s’efforce d’aller.

Dans nos sociétés occidentales, certains courants idéologiques accusent les religions d’être l’une des causes de la violence sociale. Nous, responsables religieux, devons être capables de nous tenir publiquement ensemble pour dire que nous voulons la paix et que nous nous y employons.

Ce dialogue avec les autres confessions n’est-il pas que le seul souci de l’Église catholique ?

Il y a plusieurs explications à cette impression. La première est qu’historiquement et géographiquement, les relations entre les religions ne sont pas les mêmes selon le pays où l’on se trouve. En France, où le catholicisme est culturellement majoritaire, nous avons une responsabilité particulière : nous devons prendre l’initiative et développer les relations avec les autres religions. D’autre part, nous croyons que la volonté de Dieu est d’accomplir le rassemblement de l’humanité. Cette vision théologique doit nous inspirer le désir d’aller à la rencontre de l’autre.

Ce type de rencontre ne renforce-t-elle pas le relativisme ambiant qui affirme que toutes les religions se valent ?

Cette rencontre signifie que toutes les religions sont mobilisées pour la paix, et je ne peux que m’en réjouir. Cela ne veut pas dire que toutes les religions aient la même valeur, ni qu’elles croient la même chose. Quand je rencontre les responsables musulmans ou juifs, je n’ai pas l’impression de me retrouver avec les croyants d’une nouvelle foi, qui serait subitement devenue commune.

Outre une meilleure connaissance réciproque, quelle est alors la finalité de ce dialogue, ?

Dans la mesure où c’est possible, le dialogue interreligieux illustre la volonté de collaboration des confessions pour permettre une meilleure coexistence des peuples. Il comporte également l’idée que, si nous avons un échange profond et franc les uns avec les autres, nous serons stimulés à une vie plus parfaite, chacun dans la logique de sa religion. On n’entre pas en dialogue pour s’annexer les autres, mais pour être plus fidèle à sa foi et en espérant que les autres seront plus fidèles à la leur.

Qu’entendez-vous par « en espérant que les autres seront plus fidèles à leur foi » ?

Entre les textes de référence, les traditions auxquelles nous nous référons, et la pratique de tous les jours, il y a beaucoup d’écart. Pour que nous puissions progresser, il est nécessaire qu’un travail soit accompli au sein de chaque religion par rapport à sa tradition. Ainsi, de nombreux débats théologiques traversent l’islam, dans la manière de se situer par rapport au Coran. Si nous voulons y voir clair, nous avons intérêt à ce que les musulmans progressent dans ce travail.

Ne s’agit-il pas aussi de faire front contre le laïcisme qui progresse en France ?

Si l’État français est constitutionnellement laïc, la société elle n’est pas areligieuse. Les religions existent, elles sont visibles et elles peuvent échanger les unes avec les autres et dire quelque chose à la société. C’est ce que nous voulons signifier.

Benjamin Coste

Source : Famille Chrétienne


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